En 1930 paraît en allemand Hiob: Roman eines einfachen Mannes. Joseph Roth est à cette date un journaliste reconnu qui a déjà publié six romans, mais c’est avec Job qu’il s’affirme comme l’un des plus grands auteurs de langue allemande du 20e siècle. Et de fait, ce livre marque un tournant dans son activité littéraire. C’est dans cette œuvre que Roth a, selon Stefan Zweig, enfin pu « se mettre tout entier et s’intérioriser » complètement.

En observateur subtil de la culture judéo-allemande de son époque, Joseph Roth dépeint le destin d’une famille juive en Europe de l’Est, que les événements forcent à émigrer en Amérique. Mendel Singer, un pauvre maître d’école, «  pieux, craignant Dieu et ordinaire  » – personnage on ne peut plus dépourvu de singularité – se voit contraint de quitter sa Galicie orientale à la recherche d’un avenir un peu plus serein pour lui et les siens. S’il souhaite avant tout sauver sa fille Miriam de la damnation – elle qu’il surprend avec des Cosaques­ –, s’il veut retrouver son fils Schemariah – lui qui a déjà fui vers le Nouveau Monde, où il se fait appeler Sam –, ses misères personnelles sont avant tout le reflet d’un monde ébranlé par l’instabilité politique et l’antisémitisme croissant.

Roman d’exil qui tend au tragique (c’est la destinée de tout un peuple qui se lit en filigrane du drame familial et personnel de Mendel Singer), Job, roman d’un homme simple est écrit dans un style simple mais puissant. S’il emprunte parfois au Livre de Job dont il s’inspire, c’est pour renforcer son caractère exemplaire, c’est pour accentuer les souffrances d’un personnage qui en vient peu à peu à douter de son Dieu… Et pour confirmer le talent littéraire hors-pair de Joseph Roth.

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