« J’écoute beaucoup la radio et je suis une fétichiste des voix. Ce livre aimerait établir avec la radio un rapport analogique parce qu’il fonctionne et a été conçu comme un acte de syntonisation dans la pensée et parce que ces pages ont été écrites en faisant autre chose. J’ai pensé que la machine à écrire, à la fois obsolète et en état de marche, pouvait m’aider à ralentir mon écriture, à penser autrement les ratures et les ratés du texte et à écrire sans intention précise, mais aussi à m’éloigner de la phrase comme centre de l’écriture. Finalement, la machine à écrire a inauguré pour moi un travail d’«atelier» au sein duquel je tente de capter des «moments» de la pensée, saisir des superpositions entre des choses que je lis, détourner le surplus de phrases lues quotidiennement, tailler dans le brouhaha, prendre des notes qui seraient immédiatement des poèmes. La machine à écrire, sa matérialité encombrante et son obsolescence, font remonter à la surface de l’écriture un bain concret de fautes de frappes, de phrases bricolées, d’hésitations, de trous et de lenteur. Chaque page est une captation et chaque poème est un document. » Carla Demierre

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