Pas de deux est l’ultime volet d’un tryptique romanesque écrit par Madeleine ­Santschi, dont les deux premières parties, Sonate (Mercure de France, 1965) et Toutes ces voix (Zoé, 1994), révélaient une écriture singulière constituée d’un tissage de voix, de tons contradictoires (entre tendresse humaine, satire sociale et pathétique), d’un réseau serré d’images et de réminiscences flottant dans une sorte de brouillard onirique ou mémoriel d’où tout surgit comme du chaos. Dans Pas de deux, l’action est réduite à un instant « qui pourrait être n’importe quel instant ». Le texte se présente, selon l’expression de Jean Lecoultre, comme un « dispositif musical » où le pari fou de l’auteure est de parvenir à enfermer, tout en le gardant vivant, avec ses contradictions, sa polyphonie, ses couleurs et ses timbres simultanés, la totalité d’un instant. Œuvre d’une vie, en réalité, où tout est convoqué pour aboutir, hors de toute explication, au sens. Radical, sans concession, Pas de deux est une traversée de la langue, un tissage qui mêle avec une intelligence remarquable un ensemble de voix, un roman devenu poème qui se présente au lecteur comme une partition de mots à « lire » musicalement, et où alternent en un tissu serré, très travaillé, notations, aphorismes et citations.

(d’après un texte de Sylviane Dupuis)

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