Simon Cutts, figure très active du domaine poétique anglo-saxon, n’a jusqu’à ce jour jamais été traduit en français. Cela tient en partie au caractère formel particulier de son œuvre, proche d’une poésie expérimentale concrète très radicale dont il est l’un des promoteurs les plus importants depuis quelques décennies.

L’option prise dans la présente traduction a consisté à ne pas se laisser tenter par l’évocation suggestive, la recréation métaphorique, contraire à l’idée du «dernier poème absolu possible» poursuivie par les poètes concrets. Face aux mouvements particuliers de chacun des poèmes, il convenait au contraire de tester plusieurs modalités, ou mieux, plusieurs implications de la traduction: depuis la relative linéarité justifiant l’attitude habituelle d’un «simple» passage d’une langue à l’autre, en passant par la détermination de choix initiaux après lesquels le poème se déroule pour ainsi dire automatiquement, jusqu’aux adaptations spécifiques requises devant certaines procédures poétiques. Dans tous les cas, ce passage voudrait répondre, du mieux qu’il nous est possible, au travail de compression, raréfaction, simplification auquel, selon ses propres termes, Simon Cutts a soumis le langage, réinventant par là même la poésie.

Le recueil Monotonie a été composé par l’auteur lui-même en vue de cette édition, et résume trente ans d’activité poétique. Cet exercice constitue pour le traducteur un défi analogue à celui initié, il y a quelques années, avec la publication française d’Eugen Gomringer et de John Cage aux éditions Héros-Limite.

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