«Ce que c’est, je n’en sais rien… mais je sens confusément que quelque chose approche à pas feutrés, qui menace de tous nous anéantir. Nous, c’est notre vie ancienne, ce sont les îles verdoyantes que, malgré tout, nous avions réussi à édifier au milieu du courant de ce ridicule tapage – nous, c’est notre vieux monde auquel, malgré tout, nous tenions tant. Où allons-nous? […] Que savons-nous du temps? Nous sommes à ses pieds comme le voyageur au pied de la falaise rouge, beaucoup trop près pour en voir la structure, et encore moins la beauté. Que savons-nous de notre temps? Nous sommes ses instruments, et je crois que le meilleur d’entre eux est encore celui qui ne cherche pas à lui faire obstacle.»

«Ces Chroniques allemandes sont le regard d’un Allemand, qui a choisi l’exil en France avant même l’arrivée des nazis au pouvoir, sur tout ce qui fait la vie de l’Europe de 1914 à 1935: la guerre, l’armée, la justice, l’art, le théâtre, la littérature, les gens et les paysages. Regard d’un Allemand sur la France, d’un Français d’adoption sur l’Allemagne, d’un Juif sur l’Europe en folie. Regard féroce, plein d’humour, de colère, de tendresse, de raison et de prophétie. Trait vif, langue mordante, tableaux et poèmes, petit théâtre de personnages familiers et grotesques, bataille courageuse au jour le jour… Le combat et les déchirements d’un intellectuel tenté par le communisme, déçu par la social-démocratie, qui voit venir l’apocalypse, et se sent de plus en plus seul loin d’une Allemagne qui se perd – jusqu’au jour de décembre 1935, où, en Suède, il se donne la mort.»
Texte de présentation à la première édition française de Chroniques allemandes, paru chez Balland en 1982.

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