Pendant trois mois, le photographe suisse Christian Lutz a posé ses valises aux Libellules, quartier d’une commune suburbaine de Genève.

Le livre retrace cette expérience et nous offre le panorama d’un monde profondément ambigu. Les habitants et leur lieu de vie sont montrés sans fard, à la fois dans leur vulnérabilité et dans leur poésie. Ni drames profonds ni paradis populaire, mais des destins incertains ; des personnes et des lieux un peu cabossés mais pas trop. De la sorte, ses images échappent à deux écueils qui trop souvent menacent le regard que l’on porte aux personnes ou aux lieux dits « à la marge » : ceux du misérabilisme et de la glorification.

Dans l’intime du quotidien, le paysage urbain cesse d’être le marqueur de l’identité d’une ville – qu’elle soit Las Vegas ou Genève – pour devenir le décor typique des franges de la ville globale et gagnante où s’entrelacent le béton vieilli, le bois rongé et le métal rouillé. A cette échelle – celle du corps dans le monde, de l’usage familier des lieux – les objets perdent leur dimension fonctionnelle pour devenir le cadre hospitalier des gestes de tous les jours.

 

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