Nous sommes en 1912, au Cap Wolstenholme, à l’extrême nord-est de la baie d’Hudson. Flaherty n’a pas encore tourné le film documentaire qui le rendra celèbre, Nanouk l’Esquimau, mais il possède déjà ce regard particulier qui le distinguera dans ce domaine et qui a été défini comme l’art «de la construction d’une relation personnelle au monde». C’est avec cette même sensibilité qu’il va relater – telle que Comock la lui raconta – l’expérience de cette famille qui, poussée par la faim, traverse les eaux glacées de la mer à bord d’un bateau fabriqué avec du bois et des os de baleine. Ils se dirigent vers une île que l’on dit riche en gibier et sur laquelle ils vivront, seuls habitants, pendant dix ans.

Edmund Carpenter entend donc l’histoire de Comock en 1949. «Il me sembla alors que ce récit de la vie humaine – réduite à un homme, une femme, des pierres à feu et la volonté de perpétuer la vie – parlait en fin de compte de la renaissance de l’humanité.» Quelque temps après la mort de Robert Flaherty, Carpenter réunit une série de dessins et de croquis recoltés par le cinéaste, ainsi que des gravures et des représentations d’outils. «J’ai réuni tous ces morceaux éparpillés pour que d’autres puissent connaître cette histoire comme je l’ai connue. Dix-huit ans ont passé depuis que je l’ai entendue pour la première fois; j’y ai souvent pensé et je ne l’oublierai pas de sitôt.»

Comments are closed.