Je suis tranquillement assise sur une pierre au milieu d’une digue artificielle. La digue sous moi, des pierres taillées puis exportées. Exportées des carrières, importées ici par voie fluviale ou terrestre, pour faire d’elles mon assise artificielle d’aujourd’hui. Suis-je plutôt assise sur une pierre en bloc ou bien sur une somme de grains collés entre eux grâce au sel marin poisseux ? En outre quand je m’assois, est-ce que je taille dans la montagne ou est-ce que j’ajoute en collant les grains dans l’air ? Si les grains se collent pour faire d’eux une pierre alors ils sont de Véritable Grains Agglomérés, une marque déposée en somme. Pourtant une pierre reste encore un morceau de montagne, un morceau de croûte terrestre semblable aux croûtes sur ma peau, que je suis en train d’arracher, au soleil. Le corps est fait comme ça, de bosse et de creux. Mon doigt et ma voix me signalent, quand je les traîne sur ma peau, si je suis dans un creux ou sur une bosse. Mon corps, cette usine, fabrique donc de petits cailloux ou de Véritables Grains Agglomérés collés à ma peau. Mes V.G.A. à moi me servent principalement de bouchon. Mon assise de pierre, en forme de fragment de digue est également un bouchon et c’est bien là la fonction d’une digue, d’être un bouchon à la mer. S’il venait à être arraché, comme une croûte sur la peau, c’est bien la mer, les océans qui jailliraient. Alors par précaution, on a fabriqué une digue artificielle, sous moi. Mais une digue c’est avant tout un obstacle à la mer – comme si la mer était en réalité un cheval de compétition – sur lequel j’ai parié pour écrire. Parfois l’océan déborde de sa cuvette, et il n’y peut rien puisque ce sont les vagues qui poussent derrière. Alors comment faire quand une foule de pensées est prise de panique ? Il faut y aller par la déduction logique de pensée. Des exercices spontanés, réguliers de culture générale collective, m’ont permis de dégripper l’instinct des méninges pour me rendre vers elle, la matière.

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