Écrit en 1933, alors qu’en Allemagne le national-socialisme prend de plus en plus d’ampleur, In Memoriam : 1933 est un cycle de sept poèmes de style récitatif, essentiellement déclamatoire, qui s’appliquent à retracer les désastres successifs auxquels les Juifs furent confrontés au cours de leur longue histoire : la chute de Samarie (an 722 avant l’ère commune), l’exil à Babylone (539 AEC), le synode de Jamnia succédant à la destruction du Second Temple de Jérusalem (an 70), les persécutions endurées à l’occasion de la première croisade (1096), l’expulsion des Juifs d’Espagne (1492), les massacres perpétrés par les cosaques vers l’an 1700 et enfin la fureur des pogromes en Russie autour de 1905.
Loin pourtant de se cantonner à quelque martyrologie, Charles Reznikoff, revisite pour nous, au sein même de la terreur semée par autant de déchaînements haineux, la somme des voix acharnées à extraire du malheur les raisons de ne jamais désespérer.
In memoriam : 1933 emprunte aussi bien aux prophètes de l’ancien Testament qu’à l’historien, talmudiste et kabbaliste ruthène du dix-septième siècle Nathan Nata Hannover – l’auteur du Fond le l’abîme –, et peut aussi se lire comme un étourdissant et inspirant traité consacré au bon usage du désastre.

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