Avec Histoire du résident Cyprien Coquet, Denis Martin imagine une expérience d’incarcération volontaire. Jamais prisonnier, puisqu’il y entre de son plein gré semble-t-il, Cyprien devient le «résident» d’un univers carcéral construit selon le dispositif panoptique imaginé par Jeremy Bentham au XIXe siècle. Au centre du dispositif, on le sait, un œil omnipotent et invisible surveille la totalité de l’espace carcéral. Cyprien a décidé de faire vaciller ce regard. Mais le pouvoir absolu tire sa force de sa non-manifestation et Cyprien s’exaspère à multiplier les provocations. Dans la solitude de sa cellule, le «résident» se livre tour à tour à l’autoérotisme exhibitionniste, à la scatologie, puis à l’automutilation et au cannibalisme. À la désincarnation de l’instance de contrôle, Cyprien oppose l’incarnation comme condition d’absolue faiblesse. C’est dans et par sa chair qu’il va expérimenter toutes les formes d’extases et endurer les plus terribles souffrances. La subversion qu’opère Cyprien l’amène à explorer les limites de la passion. Ne peut-on y voir une métaphore du travail d’écriture tel que l’ont conçu et conduit Sade, Artaud, Bataille, Blanchot, Guyotat, tel qu’essaie de le poursuivre aujourd’hui Denis Martin?

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