Tamási est l’un des nouvellistes les plus accomplis de la littérature hongroise. C’est la publication de sa première nouvelle, Tamás Szász, le mécréant, en 1922, qui le lance comme écrivain, et il explore ce genre tout au long de sa vie. Notre recueil propose un choix représentatif de toute son œuvre novellistique.

L’écrivain débutant s’interroge sur les conséquences de la Première Guerre mondiale, aussi bien pour les Sicules que pour l’homme. Dans Tamás Szász, le mécréant, il peint le désespoir de son peuple, grand perdant de la guerre, sur le ton de la ballade. Le sursaut de l’âme et Hymne avec un âne mettent en scène des soldats rentrés à la maison, confrontés à un foyer et un pays délabrés, et qui tentent de refaire leur vie. Tamási, qui a servi sur le front italien, consacre sa plus grande nouvelle écrite en Amérique, Sicules à pleurer, aux soldats tombés sur le champ d’honneur. C’est un petit chef-d’œuvre de construction musicale, qui fait défiler devant un soldat mourant tout ce qui donne du prix à la vie : depuis la beauté des violettes jusqu’à la douceur féminine. À travers ces nouvelles, le destin des Sicules apparaît comme tragique par essence, mais les héros témoignent d’une grandeur d’âme et d’une force de caractère peu communes.
Tamási revient sur les conséquences de la guerre dans ses nouvelles tardives. Une compagnie de Transylvanie met en scène l’arrivée de la nouvelle du détachement de la Transylvanie à la Hongrie au presbytère d’un village sicule, où tous les notables sont réunis. Étoiles de Transylvanie aborde la douloureuse question de la haine entre les deux communautés à travers l’histoire de deux amoureux, une Sicule et un Roumain, qui, mariés contre la volonté de leurs parents, meurent dans leur maison incendiée.
Un autre type de nouvelles nous introduisent dans la vie intime des villages sicules, tels Respire, Mihályka, respire!, L’arbre de mai en fleurs ou la plus inquiétante Cochonnailles légendaires. Les personnages y représentent trois caractéristiques essentiels des Sicules: l’impétuosité, la tendresse et la malice. Citons aussi les nouvelles évoquant la vie des bergers à la montagne : Combat dans les alpages (le combat d’un berger avec un ours) et Des milans dans l’église (le stade embryonnaire d’Ábel dans la forêt profonde).
Les métamorphoses du diable à Csík
, une histoire leste avec de nombreux éléments du folklore populaire, montre Tamási sous un jour encore différent. Cette nouvelle fait partie de celles structurées par des «répliques». Tout comme Une résurrection en bon ordre, l’histoire de deux paysans (un père et un fils) qui supportent toutes les humiliations avec piété tout au long de leur vie. Puis, au jour du Jugement dernier, se rendant compte que leur mérite ne compte pas, ils préfèrent retourner à la tombe. Alliant des éléments réalistes, naturalistes, mystiques et grotesques, cette nouvelle illustre ce qu’un critique appelait le côté «catholique païen» de Tamási.

Nous avons pris soin de choisir les nouvelles dans toutes les époques créatrices de l’auteur et dans toutes les catégories de récit: lyrique, tragique, humoristique, folklorique et mystique. Notre premier souci était cependant de présenter, à travers elles, l’histoire de cette région et le quotidien de ce peuple.

Agnès Járfás

 

Les commentaires sont fermés.