«Faire entrer le döner-kebab dans le livre. Tout le kebab. De force. Le problème: les taches. Forcément le kebab dans le livre, ça tache. Ça tache ça coule ça gicle ça jute.»

Döner-Kebab interroge la légitimité du récit linéaire classique. Que s’est-il passé à Lacanau-Océan, cet été-là? Lacanau-Océan, c’est d’abord le redoublement malheureux d’une voyelle. Une ratée par redoublement du vide inscrit au milieu d’un nom maladroitement composé, une béance centrale qui syphone par avance toute velléité de récit. Au magasin d’accessoires d’une psychanalyse sauvage et sommaire, Sebastian Dicenaire emprunte bien une panoplie œdipienne, mais elle ne tient pas ses promesses. Et ni le sexe de maman, peut-être aperçu dans les douches du camping, ni la difficile déglutition, en présence de papa, d’un bout de viande grasse qui fait irrésistiblement penser à un reliquat de castration, ne suffisent à faire qu’existe une histoire plutôt que rien. Le seul événement à partir duquel peut enfin se construire (se déconstruire?) le livre, c’est celui du langage en lutte contre l’insignifiance, mais aussi en travail avec elle, à partir d’elle et sans cesse revenant à elle, ne perdant jamais de vue cet unique et indépassable horizon (du sexe?) du texte.

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