En cas d’insomnie, je n’ai jamais compté les moutons, mais j’essaye parfois de me remémorer la voix des gens, celles de connaissances ou de rencontres disparues dans les plis du temps. Sous l’effort, les visages et les allures resurgissent toujours plus volontiers même si je suis parfois surpris de retrouver les inflexions vocales de certains ou certaines dont les attributs physiques m’échappent. Puis il y a cette zone où l’image et le son fusionnent en un vestige unique, comme lorsque la mélodie d’un accent ne peut être convoquée sans la vision des lèvres qui la module. Une nuit d’hiver dans la Drôme, je m’attarde sur le souvenir d’un médecin visité lorsque j’étais enfant et, pour le tester, je lui fais répéter mon prénom pendant quelques minutes. Rarement la mort ne m’a semblé mieux incarnée.

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