Rosmarie Waldrop vit depuis de longues années à Providence, capitale du Rhode Island, en Nouvelle Angleterre. Un jour, elle lit A Key into the Language of America, de Roger Williams, publié en 1643, et c’est à partir de ce livre qu’elle va écrire le sien, empruntant
à Williams le titre, la division en chapitres et de nombreuses citations.

Pourquoi cet intérêt? Roger Williams est un dissident de la colonie du Massachusetts
qui, par ses opinions, remet en cause la domination des Indiens par les Puritains. Il conteste en particulier le droit que s’arrogent les colons de s’approprier les terres indiennes. Menacé, Williams finit par s’enfuir et achète aux Narragansett les terrains sur lesquels il fonde la ville de Providence. Il aime les Indiens, les fréquente, les observe, apprend leur langue. A Key into the Language of America se présente comme un manuel à l’usage des Européens d’Amérique, et c’est aussi la première étude d’une langue indienne jamais publiée en anglais.

Rosmarie Waldrop, depuis plusieurs années, ne cesse d’étendre les possibilités du poème en prose, jouant sur la disjonction par le fragment, le collage, la juxtaposition, creusant
e texte par ce qu’on pourrait appeler des phrases-valises. Elle aime citer Pound, qui définit ainsi l’idée de la forme: «un centre autour duquel, pas une boîte dans laquelle». Une poésie formaliste, qui n’exclut pas l’élan, l’intime ou l’humour.

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