Le quatrain est à la poésie chinoise ce que la flûte est à la symphonie. Ce genre de poème de quatre vers de cinq ou sept syllabes ne représente pas toute la poésie chinoise, mais il en résume parfaitement l’esprit : saisir l’intuition poétique à sa source et l’exprimer en une forme verbale concise et limpide.

A son origine, le quatrain fit partie des yo-fou, collection de poèmes et chansons populaires adoptés par les chanteuses, les musiciens et surtout par les musiciens officiels de la cour des Han, au premier siècle de l’ère chrétienne. Peu à peu, imitant le style des yo-fou, les lettrés créèrent à leur guise des formes poétiques nouvelles. Cette tendance aboutit, sous les premiers empereurs des T’ang (VIIe et VIIIe siècles), à un genre de yo-fou tout nouveau, petits poèmes de quatre vers composés par des poètes célèbres du jour, des lettrés et de grands magistrats, que l’on chantait, en s’accompagnant de la flûte, dans tout l’Empire, depuis la cour jusqu’aux humbles cavernes : les quatrains.

Créé spécialement pour la musique, le quatrain n’était pas exclusivement destiné à la flûte, il s’adaptait aussi bien aux instruments à cordes. Néanmoins, que ce soit la flûte qui l’épouse avec le plus parfait bonheur, cela reste un fait acquis. Les innombrables anecdotes historiques en font foi.

Tristesse d’automne, chagrin du voyageur, sensibilité raffinée des femmes au gynécée, amour de la solitude des anachorètes… voilà les thèmes courants du quatrain. Le répertoire en est pauvre, en effet, et toujours invariable ! Il sied de ne pas y attacher trop d’importance. Plus qu’un poème ordinaire, un quatrain ne vit pas de l’idée, mais de la façon magique avec laquelle il l’exprime. Il s’immortalise avant tout par sa puissance d’incantation.

Lo Ta-kang, extrait de la préface.

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