Rituel matinal. Il y a une fenêtre ouverte sur le lac, deux arbres : un à gauche, un autre à droite. Entre les deux, le lac, la tête du lac, la chaîne des Tours d’Aï, puis celle des Muverans jusqu’aux Dents de Morcles et, à droite, si je me penche un peu, les Alpes françaises jusqu’à la Dent d’Oche. Chaque matin, les yeux à peine ouverts, je m’installe devant la fenêtre et je décris ce que je vois, ce que j’entends.

Ma fenêtre est comme une scène de théâtre. Il y a la gauche et la droite, le haut et le bas, devant et derrière, des passages de gauche à droite et de droite à gauche, des mouvements qui surgissent du fond de la scène et qui déferlent jusqu’au pied de la maison.

Ce qui se passe : l’immobilité des choses. Le mouvement d’oiseaux, le passage de personnes. Les variations chromatiques du ciel, de l’eau.

Je ne suis qu’œil et oreille. Je recueille.

C’est un travail d’écriture d’artiste plasticienne. J’aime à dire que je sculpte les mots, ou, plutôt, qu’au moyen des mots, je sculpte ce que je vois, sens, entends. Ce n’est pas un journal intime. C’est un travail dans le temps (une durée de douze mois pour la production de texte), un travail sur le temps (la répétition) et avec le temps atmosphérique (la variable).

Ariane Epars

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