L’hiver, le lac d’une petite vallée gèle lorsqu’il fait très froid. Les patineurs vont y dessiner des «s», mais, en se promenant moins sportivement dessus on peut apercevoir bien des choses emprisonnées sous la couche de glace. Les textes de Marie-Luce Ruffieux sont des sortes d’écrans froids; le langage qu’ils travaillent a la transparence mais aussi l’épaisseur de l’eau solidifiée. Quand on lit un des récits qui composent Beige, on fait l’expérience d’une distance infranchissable alors même qu’on est au plus près de la réalité vitrifiée au-dessus de laquelle on se promène – le texte nous promène. Au fil de cette promenade, on comprend aussi assez rapidement que le monde n’est pas seulement cet ailleurs qui gît sous le langage, il tire son existence du langage, et, de ce fait n’a pas d’unité qui serait, en soi, antérieure à sa description, non: l’unité du monde est ce que postule le texte, puis le résultat vers quoi il tend en s’effectuant.

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