Né le 31 août 1894 à Brooklyn, mort à New York le 22 juillet 1976, Charles Reznikoff est une figure majeure de l’Objectivisme poétique, aux côtés de Louis Zukofsky, George Oppen et Carl Rakosi. Ces poètes, réunis très informellement dans les années 30 autour de préoccupations communes, prônèrent une poésie non lyrique, en prise directe avec le réel – en l’occurrence la mégapole américaine –, rétive à la métaphore. Né dans le quartier juif de Brownsville, de parents russes ayant récemment fuit les pogroms consécutifs à l’assassinat du tsar Alexandre II, avocat de formation n’ayant quasiment pas exercé, Reznikoff n’a presque jamais quitté New-York. Il arpentera cette ville quotidiennement toute sa vie. Il gagna sa vie dans toute une série d’occupations subalternes, dont quelques années en qualité de factotum d’un ami producteur à Hollywood (son unique infidélité à New-York), vendeur dans le commerce de chapeaux de ses parents, ainsi que rédacteur de l’encyclopédie légiste Corpus Jury pour laquelle il compile des résumés de jurisprudence.

La poésie et le vers (libre) sont au centre de sa vie d’écrivain depuis un premier recueil, Rythms, paru en 1918. Mais Reznikoff est également l’auteur de drames en vers, de mémoires, de livres d’histoire familiale, de monographies de migrants et de quartiers juifs, d’une histoire des juifs dans l’Angleterre médiévale, de poèmes narratifs basés sur des sources de l’Ancien Testament, de traductions et de romans.

Son œuvre poétique, encore peu traduite en français, a été recueillie dès 1976 chez Black Sparrow Press (The Complete Poems) et rééditée plusieurs fois depuis.

En France Jacques Roubaud a beaucoup œuvré, dès 1978, au passage de cet immense poète en initiant, coordonnant et traduisant en grande partie un numéro de la revue Europe consacré à l’Objectivisme. En 1981, il a traduit chez Hachette (épuisé) le premier des quatre livres de Testimony. En 1996, il a publié, dans le second volume de la Revue de littérature générale, une magistrale introduction à l’œuvre ainsi que de nouveaux poèmes de Testimony dont une traduction intégrale, par Marc Cholodenko, a paru chez POL en 2012.