Né à Moscou en 1905, Daniil Harms (en russe : Даниил Хармс) fait partie d’une génération d’écrivains fauchée par la répression stalinienne avant même d’avoir eu le temps de publier. Héritier des avant-gardes des années de la révolution, il est le co-fondateur de l’OBERIOU, l’Association pour un art réel, un courant littéraire et philosophique du modernisme russe. On le considère aussi comme un précurseur de l’absurde.

Son œuvre est essentiellement constituée de courtes vignettes, qui ne font souvent que quelques paragraphes, où alternent des scènes de pauvreté ou de privations, des scènes fantastiques ressemblant parfois à des descriptions de rêves, et des scènes comiques. Dans ces vignettes, des écrivains connus font quelque fois des apparitions incongrues. Le monde de Harms est imprévisible et désordonné : ses personnages répètent sans fin les mêmes actions ou se comportent de façon irrationnelle, des histoires linéaires se développent et sont brutalement interrompues par des incidents qui les font rebondir dans des directions totalement inattendues.
Considéré comme un ennemi du régime stalinien, Harms ne publia de son vivant que deux textes: l’essentiel de son œuvre sera diffusé clandestinement. Accusé d’activités anti-soviétiques, il est exilé à Koursk en 1931. Arrêté à nouveau pendant le siège de Leningrad en 1941, il est interné en asile psychiatrique où il meurt à 36 ans.

Son œuvre est réhabilitée en 1956, elle est aujourd’hui immensément populaire en Russie. Elle a été traduite en allemand, anglais, italien, polonais, tchèque, suédois. Deux recueils de textes ont paru en français, dont l’un est traduit par Jean-Philippe Jaccard, professeur à la faculté de russe de l’Université de Genève. Outre les pièces de théâtre, poèmes, proses pour adultes, Daniil Harms a écrit de nombreux textes pour enfants.