D’origine dalmate par son père, polonaise par sa mère, Charles-Albert Cingria est né à Genève en 1883. Au collège de Genève aussi bien qu’à celui de Saint-Maurice en Valais, à l’abbaye d’Engelberg, seule la musique trouvait grâce auprès de cet élève indifférent ou rebelle. Merveilleux autodidacte, Cingria pratiqua très tôt le piano, le violoncelle et la flûte, et orienta ses études musicales vers le plain-chant et la liturgie. En 1898, à Genève, il prenait des leçons de composition et d’harmonie avec Jaques-Dalcroze. Dès 1902, il commençait sa vie itinérante. Il visita successivement, avec des moyens financiers de plus en plus réduits, et le plus souvent à bicyclette, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Hollande, Constantinople, l’Afrique du Nord et, bien entendu, la Suisse. Son port d’attache était sa petite chambre de la rue Bonaparte dans le quartier de Saint-Germain-du-Prés. Ses premiers écrits (1904) parurent dans Les Pénates d’Argile. Sa signature (Adalbert d’Aiguebelle) voisinait avec celle de son ami Ramuz. A Paris, où il passa les années de guerre entre des échappées en Suisse, il s’était lié d’amitié avec Claudel (1914) et Max Jacob (1918). Il collabora à la Nouvelle Revue Française dès 1919. En 1926, à Rome, une parole malencontreuse sur Mussolini le fit incarcérer.
Libéré grâce à des nombreuses interventions, sa fortune réduite à néant, Cingria reprit cependant la seule existence qu’il aimait, de vagabondages et d’étude. La guerre de 1939-1945 l’obligea à quitter la France. Il parcourut la Suisse romande et la Suisse alémanique. La mort de son frère, le maître verrier Alexandre Cingria, avec lequel il entretenait une correspondance suivie, qui était son soutien et son meilleur ami, l’affecta profondément. Malade depuis 1953, Cingria dut abandonner son havre de la rue Bonaparte. Ses amis le firent transporter à Aix-en-Provence, puis à Genève, quelques jours avant sa mort.

Tiré de Lectures et figures. Dictionnaire guildien de la littérature vivante, La Guilde du Livre, Lausanne, 1956.