La marche est un sésame. Pour apprendre et désapprendre, comme pour lier et délier. Lier les êtres humains entre eux, mais aussi les êtres humains aux choses. Et délier en soi ce qui pourrait nous retenir à une existence appauvrie, déparée. Bref, chacun marche à sa façon, chacun est libre de développer sa propre démarche, le corps alerte, l’esprit ouvert. Prêt dès lors à vagabonder ou tout au moins à «prendre le large». C’est sur ce chemin erratique et poétique que nous retrouvons Matsuo Bashô en ce printemps 1680.
Vivant depuis près de huit ans à Edo, le haïjin, dont la renommée va grandissant, sait qu’au sortir de l’hiver le temps du départ sur les routes et du pèlerinage est venu. Pourtant, ce printemps-là, l’heure n’est pas encore au voyage. Pour lui, il s’agit tout d’abord de prendre quelque distance avec une vie devenue «trop» citadine.

Aussi quand Sampû lui propose comme ermitage une petite cabane sise dans les confins de la ville, il accepte chaleureusement. Une vie nouvelle commence pour lui.
Cinq années plus tard paraît dans le recueil Printemps le célébrissime haïku de la vieille mare. Dix-sept syllabes disposées en trois vers (5/7/5) dans un poème tout de concision, d’équilibre et surtout d’immédiateté. Après des années dédiées à l’étude de la poésie, de la calligraphie et des classiques chinois, après s’être imprégné de pensée zen, Bashô opère un approfondissement de son travail, comme de son existence. Il se tourne vers une pratique de la poésie fermement ancrée dans l’expérience. Poésie que le contact avec la nature va nourrir et renouveler. Le haïku devient, sous son pinceau, véritable instant de vie.

Mais le travail continue et à l’automne 1684 – Bashô a quarante ans –, sur les traces des poètes vagabonds des temps anciens tels que Saïgyô (1118-1190) et Sôgi (1421-1502), commence une vie de pérégrinations et de pèlerinages. En tout, cinq récits viennent ponctuer ces errances poétiques. La forme la plus aboutie de ce genre, emprunté aux modèles anciens (michiyuki-bun), est explorée dans le récit qui relate un voyage de cinq mois commencé en compagnie de Sora au printemps 1689. En point de mire, le Michinoku (la «terre du bout des routes»), au nord-est de l’île du Honshu.