Né à Vienne en 1925 dans des conditions précaires, Heimrad Bäcker rejoint les rangs des « Jeunesses hitlériennes », avant d’adhérer au parti national-socialiste à l’âge de dix-huit ans. Suite à la libération de Linz par les forces alliées en mai 1945, Bäcker est recruté par les Américains pour travailler à l’ancien camp de Mauthausen : première confrontation directe avec « l’inimaginable », qui s’avérera déterminante.
Dès lors, il ne cessera de chercher à connaître tout ce qu’il y a à savoir sur le Troisième Reich et d’apprendre la vérité sur ce qui a « dévasté sa jeunesse », consacrant une trentaine d’années à lire et compiler des documents historiques au sujet de la période nazie. Le projet nachschrift (transcription), issu de cette impulsion, est une entreprise inédite dans la littérature germanophone de la période d’après 1945.

Heimrad Bäcker est par ailleurs une figure-clef de l’avant-garde littéraire autrichienne. En 1968, il fonde la revue littéraire neue texte, dédiée principalement à la poésie concrète et visuelle, dans laquelle il publie de jeunes auteurs avant-gardistes. Dès 1976, il fait paraître dans la collection edition neue texte, publiée parallèlement à la revue éponyme, des œuvres d’Ernst Jandl, Friederike Mayröcker, Reinhard Priessnitz et autres. L’engagement de Bäcker pour la littérature autrichienne contemporaine, tout comme son œuvre littéraire et photographique, lui valent de nombreux prix. Il décède à Linz en 2003.